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Kisangani
26 août 2026 - 19:11

Kisangani en chantier, mais les ménages à l’épreuve de la vie chère: tribune de l’économiste de Patrick ALONGA

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Kisangani vit depuis plusieurs mois au rythme des grands travaux. Réhabilitation des routes urbaines, construction de bâtiments administratifs modernes, assainissement de certains espaces publics: la capitale provinciale de la Tshopo change progressivement de visage.

Pour de nombreux observateurs, ces réalisations constituent des signes encourageants d’une volonté de modernisation et de développement.

Cependant, derrière cette transformation visible se cache une réalité plus complexe qui touche directement le quotidien des habitants. Alors que les infrastructures se multiplient, le coût de la vie ne cesse de grimper, mettant à rude épreuve le pouvoir d’achat des ménages.

Le cas du riz, aliment de base pour de nombreuses familles, illustre parfaitement cette situation. En quelques mois, le prix du gobelet est passé de 1 200 francs congolais à près de 2 500 francs congolais. Une hausse de plus de 100 % qui affecte directement les budgets familiaux déjà fragilisés par la faiblesse des revenus.

D’autres produits de première nécessité connaissent également des augmentations régulières, réduisant davantage la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins essentiels.

Cette situation soulève une question fondamentale: le développement peut-il être considéré comme une réussite lorsque les citoyens peinent de plus en plus à se nourrir convenablement ?

Certes, les routes et les bâtiments publics sont des indicateurs importants de progrès. Ils facilitent la mobilité, améliorent les services publics et renforcent l’attractivité de la ville. Mais le développement ne saurait se limiter à des réalisations visibles.

Il doit aussi se mesurer à l’amélioration des conditions de vie de la population.

Le paradoxe est donc évident. D’un côté, Kisangani se modernise et se dote progressivement d’infrastructures dignes d’une grande ville.

De l’autre, de nombreuses familles voient leur niveau de vie se détériorer sous l’effet de l’inflation et de la hausse des prix des denrées alimentaires. Cette contradiction rappelle que la croissance des infrastructures ne produit pas automatiquement une amélioration du bien-être collectif.

Pour de nombreux économistes, la solution passe par une approche plus équilibrée du développement. Les investissements dans les infrastructures urbaines doivent être accompagnés d’investissements productifs capables de stimuler l’économie locale. À ce titre, les routes de desserte agricole apparaissent comme un maillon essentiel.

En facilitant l’évacuation des produits agricoles des zones de production vers les centres de consommation, ces routes permettent de réduire les coûts de transport, d’augmenter l’offre alimentaire sur les marchés et de limiter les pertes post-récolte.

À long terme, elles peuvent contribuer à stabiliser les prix et à renforcer le pouvoir d’achat des consommateurs.

Par ailleurs, le soutien à la production locale, l’encadrement des agriculteurs et l’amélioration des circuits de commercialisation constituent autant de leviers susceptibles d’avoir un impact direct sur le coût de la vie. Car une économie locale dynamique profite davantage aux populations qu’une croissance uniquement portée par les investissements publics.

Le défi pour les autorités est donc de faire en sorte que les bénéfices de la modernisation soient ressentis dans les foyers. Une route nouvellement construite doit non seulement embellir la ville, mais aussi permettre à la ménagère de trouver des produits alimentaires à des prix accessibles.

Un bâtiment moderne doit s’inscrire dans une politique globale visant à améliorer durablement les conditions de vie des citoyens.

Kisangani est aujourd’hui à un tournant. Les grands travaux en cours constituent une opportunité réelle pour son développement. Mais leur succès dépendra de leur capacité à produire des effets concrets sur le quotidien de la population. Car au-delà du béton et de l’asphalte, le véritable développement se mesure à la capacité des ménages à se nourrir, à se soigner, à éduquer leurs enfants et à envisager l’avenir avec confiance.

C’est à cette condition que la modernisation de Kisangani pourra être considérée comme une réussite pleinement partagée par tous.

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